Mémorial des Policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Inspecteur de police de sûreté

Pierre-Marie Garel

Victime du devoir le 18 décembre 1935

Département

Loire (42)

Affectation

Saint-Etienne

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Circonstances

Décès d'origine criminelle

Contexte

Interpellation(s) d'individu(s)

Arme utilisée

Homicide par arme à feu

Dans la nuit du lundi au mardi 18 décembre 1935, M. Hubermann, tailleur de profession, est occupé à faire à la comptabilité dans son magasin sis 10 rue Villeboeuf à Saint-Etienne (Loire). Des craquements sourds provenant du plancher attirent son attention, et le commerçant comprend avec effroi qu’un ou plusieurs individus sont en train de percer une trappe sous le linoléum.

Depuis plusieurs mois déjà, la ville est la proie de plusieurs attaques sérielles nocturnes de cambrioleurs dont le modus operandi consiste à accéder dans les locaux ciblés par les caves. Transi de peur, le tailleur n’est en mesure de donner l’alerte que le lendemain après avoir constaté que le travail des malfaiteurs n’était pas complétement terminé : une trappe de 40 cm de largeur était déjà entamée par trois côtés.
Aussitôt alerté, M. Méchenet, chef de la sûreté locale, envoie les agents Garel et Douret pour tenter de surprendre les bandits dans leur basse besogne. Tard dans la soirée, ne percevant absolument aucun bruit, les deux policiers décident de se rendre dans les caves pour analyser la situation.
A peine entrent-ils sous les voûtes humides qu’un individu tapi dans la pénombre surgit avec une matraque et foudroie le crâne de l’agent Douret. Un autre truand tire à cinq reprises sur l’agent Pierre-Marie Garel, qui s’écroule sur son équipier. Atteint par deux projectiles qui éclataient son foie et un rein, l’agent Garel devait succomber dans la journée. Marié et père d’une fillette, il avait quarante-quatre ans. Les deux gredins prenaient la fuite non sans avoir assommé également le tailleur qui s’était équipé d’un browning mal entretenu et qui n’a pas fonctionné.
Les enquêteurs relèvent de nombreux indices sur la scène de crime : une perceuse à main dite chignole, un pardessus, une paire de gants, des chaussures. On retrouve également un fragment de journal relatant un fait-divers local dans lequel un gendarme était tué dans le hameau Brûle et évoquait l’arrestation de deux suspects : Giraud et Richer. Les indices vestimentaires sont exposés dans les vitrines de l’agence Havas de l’Hôtel de ville pour inviter la population stéphanoise à aider la police dans la recherche des malfaiteurs.

Il apparait que le pardessus a été volé chez un tailleur de La Ricamarie selon le même procédé. Si le scénario d’une bande organisée se précise, l’enquête peine à aboutir. Mais l’affaire de la rue Villeboeuf prend une dimension toute autre lorsque les expertises menées sur les projectiles tirés par le cabinet du professeur Edmond Locard mettent en évidence l’utilisation de la même arme de poing dans deux autres crimes : le meurtre du gendarme Vincent Martin dans la nuit du 26 au 27 septembre commis au hameau du Brûle ; le meurtre d’un mineur polonais, Ignacy Siejka, commis 22 rue du Grand-Gonnet dans la nuit du 26 au 27 novembre, accompagné du vol de ses économies.

Dès lors, l’exploitation logique de l’environnement des malfaiteurs Giraud-Richer amène à l’interpellation d’un certain Jules Cailloux, vingt-cinq ans, souteneur notoire, considéré comme le principal suspect. Confronté aux interrogatoires, les alibis qu’il fournit sont effectivement vite décrédibilisés mais les perquisitions menées au domicile et les expertises menées sur des indices sont restées infructueuses. Il bénéficie d’un non-lieu à l’instruction. Il est cependant condamné à un an de prison et 10 ans d’interdiction de paraître dans la Loire dans une autre affaire d’agression à main armée.

L’énergie déployée pour retrouver les meurtriers permet de neutraliser de dangereuses bandes de cambrioleurs et d’élucider de manière incidente plusieurs dizaines de leurs méfaits. Mais les meurtres du polonais Siejka et de l’agent Garel restent non-résolus. L’arme des crimes, qui a pu passer de mains en mains entre les méfaits, n’a jamais été retrouvée.

Biographie

Corps

Corps des inspecteurs de police

Né le 26 octobre 1890 à Violay (Loire), marié et père d’une petite fille. Domicilié 100 rue du Treuil (actuelle rue Louis Braille).

Effectue son service au 16e régiment d’infanterie de Montbrison. Appelé à la mobilisation générale du 2 août 1914, il participe aux difficiles combats de la Somme. Grièvement blessé au bras au Mort-Homme le 12 mars 1916.

Titulaire de la croix de guerre. Maintenu dans les services auxiliaires et démobilisé avec le grade de caporal en 1919.

Affecté spécial comme gardien de la paix à Saint-Etienne dès 1920. Très estimé de ses pairs, a reçu nombre de félicitations pour actes de courage et de dévouement : sauvetage de résidents en péril dans un incendie du Cours Fauriel ; arrestation d’un dangereux criminel rue du Puy auteur de plusieurs coups de feu.

Cité à l’ordre de la nation. Fait chevalier de la légion d’honneur. Inhumé au cimetière du Crêt-de-Roc.

Sources et références

AD de la Loire, registres des matricules militaires N°1018, classe 1911
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 31/12/1936, « L’enquête continue »
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 08/08/1936, « L’épilogue du meurtre du gendarme Martin »
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 12/01/1936, « Les recherches continuent »
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 28/12/1935, « A-t-on arrêté le meurtrier de l’infortuné Garel ? »
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 21/12/1935, « Aujourd’hui, funéraille de l’agent Garel »
Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 20/12/1935, « Le tragique cambriolage de la rue Villeboeuf » Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire du 19/12/1935, « La tragique affaire de la rue Villeboeuf »

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