Mémorial des policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Commissaire de police

François ALBERTINI

Victime du Devoir le 08 mai 1931

Département

Corse (20)

Affectation

Police Municipale — Bastia

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Circonstances

Cause du décès

Homicide par arme à feu

Contexte

Interpellation(s) d'individu(s)

Dans la soirée du 8 mai 1931, une dispute éclate sur la terrasse entre deux consommateurs au sujet d’une partie de cartes à la brasserie Bonnin, place Saint-Nicolas à Bastia (Corse).

Séparés par d’autres clients alors qu’ils s’apprêtent à en venir aux mains, les deux hommes continuent leur querelle, qui s’achève dans les toilettes de l’établissement, où le plus jeune des deux hommes, Charles « Charlot » Lamberti, dix-neuf ans, se cache, tandis que son rival surexcité parle de tirer des coups de revolver « pour faire voir aux Bastiais qui il était ».

Alerté par la clameur publique, le commissaire François Albertini, quarante-trois ans, décide d’intervenir et sépare les deux rivaux. Il procède à une fouille rapide sur le plus âgé et virulent des deux et, ne trouvant pas d’arme, conseille à l’homme de s’en tenir là, de faire preuve de sagesse et d’aller dormir.

Mais une fois ressorti, sur le boulevard Albert 1er, l’individu se montre agressif et impoli. Cette fois, il est prié de décliner son identité, et le commissaire Albertini lui annonce qu’il va lui dresser procès-verbal pour dispute et tapage nocturne.

Prenant le fait qu’il soit le seul des deux à être sanctionné, l’homme prend la chose pour une injustice et devient encore plus désagréable, jusqu’à ce qu’Albertini le menace de le conduire au poste, tout en se montrant conciliant : « Allons, allez-vous-en, soyez brave, ne me donnez pas ce soir trop de travail ».

Mais l’homme, bien au contraire, insiste pour être mené au poste de police, et le commissaire Albertini finit par s’y résoudre : ils n’ont pas fait deux pas que le fauteur de troubles sort de sous ses vêtements un pistolet Mauser ce calibre 6.5mm.

Le gredin fait feu à bout portant à quatre reprises, le touchant trois fois d’abord au cou, puis à la poitrine, et enfin au dos, quand le commissaire s’effondre au sol, face conre terre.

Le criminel, ayant agi devant de nombreux témoins, s’enfuit aussitôt en criant : « Voilà le poste ! ». Albertini meurt presque instantanément, en raison d’une balle qui a atteint le cœur, provoquant une hémorragie fatale.

Le meurtrier, défavorablement connu des services de police, fut identifié comme étant Jean Marc Mattéi, trente ans, sans profession.

Il est arrêté le lendemain matin, vers 7 heures, sur le territoire de Biguglia, par les brigades de gendarmerie de Borgo et de Bastia.

Oisif, alcoolique et violent, habitué à quitter les hôtels où il réside sans prendre la peine de payer, il était également adepte du jeu, auquel il trichait souvent.

Le 28 novembre 1931, la cour d’assises de la Corse condamne Mattéi à la peine de mort. Malgré l’avis de la Commission des grâces préconisant, le 17 mars 1932, que la justice suive son cours, il est gracié par le président Doumer le 25 mars, sa peine étant commuée en travaux forcés à perpétuité.

Purgeant sa peine en Guyane, rapatrié au début des années 1950, il mourra à Pietricaggio en 1954.

Biographie

Direction d'emploi

Sécurité Publique

Corps

Conception — Direction

Type d'unité

Unité d'Investigation et de Recherche

Titres et homologations

Citation à l'Ordre de la Nation

Croix de la Légion d'Honneur

Né le 12 juillet 1888 à Albertacce, canton de Calacuccia (Corse) de Jean Albertini (chef cantonnier) et Marie-Catherine ; veuf de Yvonne Huguet et père de deux enfants.

François Albertini était devenu orphelin très jeune. Elevé par un tuteur, Jacques Lucciani, il fait des études au lycée de Bastia, puis entre comme secrétaire dans la police à Tunis en 1912.

Reçu au concours en 1916, 15e sur 225 candidats, il obtient un poste de commissaire à Saint-Nazaire, puis en 1918, est nommé commissaire spécial à Hendaye. Nommé à Bastia en 1919, il avait été promu, quelques mois auparavant, commissaire hors classe, en raison de ses excellents états de service.

Marié le 13 septembre 1923 avec une demoiselle Yvonne Huguet, dont il devient rapidement veuf le 29 janvier 1926, il vivait avec sa sœur et ses deux enfants, dont l’aîné avait neuf ans au moment de sa mort.

Ses obsèques, qui ont lieu le 10 mai, aux frais de la ville, en présence des plus hauts notables de la ville, et saluées par des discours du sous-préfet Jammes, du procureur général Gauger, du 1er adjoint au maire De Montera, et du commissaire spécial Paolantoni.

Sources et références

Le Petit Journal, 29 nov. 1931, p. 1/6 — Photo tirée du journal restaurée fidèlement par IA — Récit de Sylvain LARUE

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