Mémorial des Policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Gardien de la paix

Auguste Meunier

Victime du devoir le 10 mai 1937

Département

Paris (75)

Affectation

Paris

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Circonstances

Décès d'origine criminelle

Contexte

Maintien de l'ordre, ou service d'ordre

Arme utilisée

Homicide, autre moyen utilisé

Mardi 16 mars 1937. Le Parti Social Français, nouvelle formation politique de la droite conservatrice à tendance nationaliste, organise une réunion récréative autour de la diffusion d’un film au cinéma de l’Olympia, rue de l’Union à Clichy (Seine). La tenue d’un tel meeting dans ce bastion communiste de la ceinture rouge est vécue comme une suprême provocation par les adversaires politiques. Le PSF est effectivement partiellement issu de l’association des combattants de l’avant et des blessés de guerre cités pour action d’éclat, laquelle fut dissoute en tant que ligue armée antirépublicaine par le gouvernement du Front Populaire de Léon Blum.
L’évènement est autorisé et en vertu de la liberté de réunion, la préfecture de police est tenue d’organiser un service d’ordre conséquent, car elle craint des débordements violents : elle met en réserve quarante pelotons de gardes mobiles, cinq pelotons de gardes républicains, et près de cinq cents agents des brigades centrales sous l’autorité de M. Siraud, directeur adjoint de la police municipale, de M. Poirson, commissaire divisionnaire et de M.Cornec, commissaire de police de Clichy.
Vers les sept heures et demie du soir, alors que des centaines d’adhérents PSF ont afflué, les premières rixes éclatent aux abords de la salle tandis que des contre-manifestants appellent à l’interdiction du meeting. Des agents repoussent une première fois des groupes d’individus exaltés parmi la foule qui s’est constituée.

Vers huit heures et demie du soir, suite à l’appel par affichages du maire Charles Auffray, du conseiller général Maurice Naile et du député Louis Honel, c’est un vaste concours populaire de plusieurs milliers de personnes qui s’est effectivement formé sur la place de la mairie, toute proche du cinéma.

Un groupe de plusieurs centaines de manifestants les plus exaltés se détache alors du circuit convenu et se porte vers les barrages de police ceinturant la salle. Dans la clameur haineuse, les agents sont victimes de jets de projectiles divers (tessons, briques, morceaux de fonte). Dans une confusion générale, la violence éclate sur l’ensemble du périmètre. Dépassés par le surnombre, des renforts amenés par cars successifs sont commandés mais ils reçoivent une grêle de projectiles dès leur arrivée. Les premières charges sont commandées pour dégager la place lorsque des coups de feu éclatent de part et d’autre !
Devant la mairie, sur la place plongée dans l’obscurité, une barricade est dressée au milieu de scènes d’émeutes. Un groupe d’agents acculé est attaqué à coups de revolvers et par un déluge de ferrailles arrachés des grilles des arbres, de débris et de pavés. C’est au cours de cet épisode violent que l’agent Auguste Meunier du 4e arrdt est lapidé par des éclats de fonte ; son collègue Emile Vançon et les agents Louis Fritch du 11e arrdt, Henri Raux du 1er arrdt et René Ribès du 19e arrdt sont blessés par balle. Un commandant, un adjudant et un garde mobile sont très grièvement blessés également.
Venus de Paris pour exhorter la foule au calme depuis les balcons de la mairie, le directeur de cabinet du 1er ministre, M. André Blumel, est lui-même atteint par deux balles ; le ministre de l’intérieur, Max Dormoy, et le préfet de police, Roger Langeron se rendent sur place.

Vers les dix heures du soir, le périmètre étanche des policiers a permis l’évacuation des militants PSF par une sortie de service via la petite rue Dagobert. L’agitation décroit progressivement, mais des heurts persistent entre des petits groupes compacts d’émeutiers et des gardes mobiles. A onze heures du soir, le secrétaire général du parti communiste Maurice Thorez exhortait à son tour ses camarades au calme. Vers les deux heures du matin, la situation revenait peu à peu à la normale mais laissait place à de nombreuses dégradations de mobiliers urbains et de commerces pillés.
Le bilan de cette nuit d’émeute est tragique : six morts et cent-soixante-quinze blessés parmi les manifestants (86 hospitalisés), un mort et deux-cent-quarante-deux blessés parmi les forces de l’ordre, (dont 158 gardiens de la paix (82 ont dû cesser le service), et 84 gardes mobiles et républicains (3 ont dû cesser le service)). Près de deux mille impacts de balles sont relevés sur les bâtiments, y compris sur la mairie. Sur 17 interpellations, seules 7 ont été maintenues pour ports d’armes prohibées.

L’état de santé de l’agent Meunier n’a fait qu’empirer ; transféré depuis le 21 avril à l’hôpital Laënnec, il meurt alité le 10 mai suivant, et devient la septième victime des émeutes de Clichy.

Les circonstances des ouvertures de feu durant la nuit du 16 au 17 mars 1937 n’ont fait l’objet d’aucune enquête parlementaire.

Biographie

Administration d'emploi

Préfecture de police

Corps

Corps d'encadrement et d'application

Né le 22 mai 1905 à Champvans-lès-Dôle (Jura). Marié, il était devenu père la veille de son décès. La famille demeurait 5 rue du Pont-Louis-Philippe.

Entré dans l’administration le 26 janvier 1928, après une période de service militaire au 4e bataillon de chasseurs à pieds. Libéré de ses obligations avec le grade de sergent.

Affecté comme gardien de la paix au 4e arrdt de Paris, ses états de service étaient irréprochables.

Médaillé d’or des actes de courage et de dévouement.

Inhumé à Champvans (Jura) dans une concession familiale.

Sources et références

Le Parti Social Français via Universalis, par Jacques Nobécourt : historien, journaliste honoraire
La Hurle, la nuit sanglante de Clichy, 16 et 17 mars 1937 par André Chérasse
Max Dormoy, maire de Montluçon, ministre du front populaire par André Touret
Le Petit Journal du 11/05/1937, « L’agent Meunier […] est décédé à l’hôpital Laënnec » Le Journal du 18/03/1937, « Après les sanglantes bagarres de Clichy : enquêtes et constatations
Le Matin du 18/03/1937, « 242 blessés parmi le service d’ordre »
Le Figaro du 17/03/1937, « Sanglant désordre à Clichy » L’Humanité du 17/03/1937, « Complot contre le peuple! »Le Journal du 17/03/1937, « Soirée sanglante à Clichy »

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