Mémorial des Policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Inspecteur de police de sûreté

Alfred Mourot

Victime du devoir le 11 février 1870

Département

Paris (75)

Affectation

Paris

Partagez

Circonstances

Décès d'origine criminelle

Contexte

Interpellation(s) d'individu(s)

Arme utilisée

Homicide par arme à feu

Vendredi 11 Février 1870. Le commissaire de police attaché au quartier des Archives, M. Dorville, est chargé de l’exécution d’un mandat d’amener et de perquisition émis par M. Bernier, juge d’instruction, à l’encontre d’un certain Edmond Mégy, vingt-six ans, membre de l’association international des travailleurs. Une trentaine d’interpellations connexes ont lieu dans le même temps ; avec d’autres complices, cet mécanicien-tourneur est effectivement recherché dans le cadre d’une enquête portant deux motifs : complot contre la sûreté de l’état, provocation à l’attentat contre la vie de l’Empereur.
Le commissaire est accompagné de son secrétaire, M. Dumanchin, et de deux inspecteurs, MM. Mourot et Petit-Colas. Il est six heures du matin lorsque les quatre policiers se présentent discrètement au domicile du suspect, 78 rue des Moines, 17e arrondissement de Paris. Il s’agit d’une maison de ville de belle apparence de trois étages. Le concierge leur désigne une porte au deuxième étage, où Mégy vit en garni.
Le palier, alors plongé dans l’obscurité totale, n’est faiblement éclairé que grâce aux allumettes tenues en mains par les policiers. Alors qu’ils tentent d’entrer au moyen de la clef laissée à l’extérieur, la porte demeure verrouillée. Le commissaire toque à plusieurs reprises et annonce sa qualité de vive voix. Mégy se manifeste derrière la porte, prétextant qu’il s’habille, mais ne l’ouvre aucunement. Dix minutes s’écoulent lorsque le commissaire indique qu’il est détenteur d’une mandat de justice à son encontre et qu’il va entrer de force. Alors que l’inspecteur Petit-Colas manipule de nouveau la serrure, la porte s’ouvre brusquement et un coup de feu claque aussitôt. Le projectile blesse le commissaire Dorville à la joue droite, et vient frapper la tempe de l’inspecteur Mourot, qui se trouvait juste derrière lui.
Mégy referme la porte et se barricade, appelant le voisinage à l’émeute pour le libérer. Appels qui ne seront pas suivis d’effet. Le commissaire envoie son secrétaire demander du renfort ; et ce dernier revient avec sept sergents de ville et un médecin. Confronté à l’inutilité de résister, Mégy se rend. La perquisition amène à la découverte des pièces à convictions manuscrites, d’armes et de nombreuses munitions. Le pistolet à piston à un coup, ayant servi au crime, est saisi.
L’inspecteur Alfred Mourot, trente-trois ans, est transporté à l’hôpital Beaujon où son décès est constaté. Il était marié et père d’une petite fille âgée de quatre ans. Ses obsèques sont intégralement prises en charge par l’administration, à son initiative, ce qui était jusqu’alors inédit. Elles ont lieu à l’église Saint-Philippe-du-Roule. En sus de plusieurs souscriptions levées par des cercles de notables, Napoléon III octroie le jour même sur ses deniers personnels une pension viagère à la veuve du policier à laquelle s’ajoute celle du ministre de l’intérieur, du préfet de police et du conseil municipal ; les quelques neuf mille sergents de ville de Paris souscrivent tous pour un franc.
Le 8 août 1870, bénéficiant de circonstances atténuantes, Mégy est condamné à vingt ans de travaux forcés pour complot contre la sûreté de l’État par la Haute Cour de Justice réunie à Blois. Durant le procès, la défense a tenté de démontrer que l’interpellation a été réalisée vingt minutes avant l’heure légale par des policiers en bourgeois dont on pouvait douter de la qualité. L’intrusion au domicile devenait injustifiée et pouvait expliquer un tir sur l’agent Mourot en état de légitime défense.
Mais le 4 septembre, à la faveur de l’insurrection parisienne et sur proposition du nouveau garde des sceaux, Mégy est grâcié par le gouvernement de la Défense Nationale. Mis en avant par ses qualités d’orateur et de sa bruyante condamnation, Mégy est choisi par le gouvernement insurrectionnel du 18 mars 1871 pour porter la révolution communarde dans le Midi, et plus particulièrement à Marseille. Les émeutes sont durement réprimées en avril et Mégy revient à Paris. Nommé commandant du fort d’Issy, il est de nouveau pris dans la tourmente d’une accusation d’abandon de poste. En mai, l’arrivée de troupes versaillaises dans Paris provoque sa fuite vers la Suisse, puis son exil aux Etats-Unis.
Le 2 décembre 1872, le 3e conseil de guerre condamne Mégy par contumace à la peine de mort. Semblable condamnation lui avait déjà été infligée par le conseil de guerre de Marseille le 22 janvier précédent pour son rôle de premier plan dans l’insurrection marseillaise.
Après quinze années d’errances entre l’Europe et les Etats-Unis où sa présence dans des cercles de réfugiés communards ne fait pas l’unanimité, il gagne le Panama avec son bagage révolutionnaire mais dans un situation très précaire. Le 28 décembre 1884, à la suite d’un accident cardiaque, il meurt dans un hospice de la ville de Colón.
Le nom de l’inspecteur Mourot est inscrit au monument dédié aux victimes du devoir de la préfecture de police.

Biographie

Administration d'emploi

Préfecture de police

Corps

Corps des inspecteurs de police

Type d'unité

Unité de Voie Publique - Service Général

Né le 7 octobre 1837 à Paris. Marié, père d’une petite fille de quatre ans. Domicilié 34 rue des Fossés-Saint-Bernard. L’agent Alfred-Etienne Mourot avait accompli une période de service militaire d’une durée de quatre ans au 13e de ligne avant d’intégrer l’administration le 1er avril 1867, comme auxiliaire au service de la police municipale. Il fut nommé le 1er septembre suivant inspecteur de police au service de la sûreté. Inhumé au cimetière de Montmartre, au frais de la ville de Paris.

Sources et références

Notice de Mégy Edmond par Michel Cordillot, maitron.fr (fév. 2020)
Les Ouvres de Jules Vallès, volume 3, page 166. J. Vallès (1964)
Journal des villes et des campagnes du 23/02/1870 (a.58 n°27), p.1.
L’univers du 26/04/1912, « L’assassinat d’un commissaire de police »
Le Radical du 28/01/1885, « Mort de Mégy »
La Presse du 31/07/1870, « Tribunaux, haute cour de justice séant à Blois »
Le Figaro du 14/02/1870, « Nouvelles diverses »
Le Figaro du 13/02/1870, « Arrestation suivie de meurtre »
Le Gaulois du 13/02/1870, « L’affaire de la rue des Moines »

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