Mémorial des Policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

Soumettre un complément

Inspecteur de police

Albert Lugan

Victime du devoir le 22 novembre 1916

Département

Paris (75)

Affectation

Paris

Partagez

Circonstances

Décès d'origine criminelle

Contexte

Interpellation(s) d'individu(s)

Arme utilisée

Homicide par arme à feu

Mercredi 22 Novembre 1916. M. Duranton, commissaire attaché à la police judiciaire, a chargé les inspecteurs de la sûreté Weidlich et Lugan, du 10ème district, de rechercher un individu se livrant sous des identités usurpées à de nombreuses et prolifiques escroqueries à l’assurance dans l’ouest parisien. Malgré la prudence excessive du suspect, déménageant régulièrement de garni, ce dernier finissait par éveiller des soupçons. Ils obtiennent l’information que l’individu résiderait dans l’Hôtel Balagny, quartier des Epinettes, 17ème arrondissement de Paris ; et mettent en place une surveillance discrète aux abords immédiats.
Vers huit heures et demie du soir, munis d’un signalement précis, les hommes de la sûreté croient reconnaitre le suspect vêtu d’une tenue de terrassier. Ils procèdent à son contrôle alors qu’il est sur le point d’entrer dans l’hôtel. Comme l’exige alors la situation en temps de guerre, le suspect exhibe un certificat d’exemption de service armée au nom de Victor Claus. L’attitude particulièrement calme et coopérative de Claus intrigue au point de faire douter les policiers. Ils décident malgré tout de vérifier l’identité de la personne, mais sans lui passer de cabriolet, dans la crainte d’une erreur.
Alors que le groupe atteint le N°10 de la rue Sauffroy, le suspect se précipite dans un débit de vins où il tente de trouver une issue à l’arrière de l’établissement en vain. Muni d’un couteau à virole, il fait volte-face aux policiers, désormais sûrs d’avoir affaire avec un escroc. Ce dernier déclare qu’il se rend, et jette le couteau au sol. Tandis que l’agent Weidlich se baisse pour ramasser l’arme, l’agent Lugan se précipite sur le suspect. Mais dans le même temps, ce dernier a déjà sorti une arme de poing et lui tire dessus à cinq reprises. Foudroyé de projectiles, l’inspecteur Albert Lugan s’écroule et expire aussitôt. Deux balles l’ont atteint dans la région du coeur.
L’inspecteur Gaston Weidlich poursuit le meurtrier, lequel est appréhendé sans retenue rue Gauthey avec l’aide de deux passants et d’un gardien de la paix du quartier alerté par la clameur. Le malfaiteur est amené devant le commissaire Léger, du commissariat des Epinettes, où il refuse de répondre aux questions jusqu’à simuler la folie. Dès le lendemain, les enquêteurs retrouvent le véritable Victor Claus, débardeur aux quais de Bercy, ce dernier déclarant avoir été victime du vol de du-dit document dans son vestiaire un an plus tôt. Confronté au service anthropométrique, le suspect finissait par reconnaitre sa véritable identité : Charles Demay, vingt-sept ans, originaire de Darnétal (Seine-Inférieure) ; dangereux malfaiteur inscrit au bulletin criminel pour une longue liste de délits.
Conduit au dépôt, Demay fait l’objet de plusieurs examens effectués à la demande de son avocat par des médecins-aliénistes. En mars 1917, le Dr Robinovitch certifie que Demay est dément… M. Gilbert, juge d’instruction, fait procéder à son internement à l’hospice de Bicêtre. Demay met cependant à profit un éclair de lucidité, et s’évade de l’asile quelques jours après son entrée. Il devait continuer de vivre de rapines et d’escroqueries. Pas pour longtemps.
Le 29 Mai 1917, Demay est repéré par les inspecteurs Canard et Robail, alors qu’il entre dans un débit de vins de la rue Champs-Philippe à la Garenne-Colombes. Alors qu’ils entrent dans l’établissement, Demay identifie aussitôt Weidlich. L’agent Robail tire sur Demay alors que celui-ci venait de dégainer un revolver. Blessé à l’aine, Demay est transporté à l’hôpital Beaujon sous escorte. Sans doute mal fouillé, il exhibe encore un browning de tranchée M1910 ! Les policiers qui ne disposent que de rudimentaires cabriolets pour maintenir sa fougue l’assomme littéralement.
Transporté à l’hôpital Beaujon, Demay est soigné sous la surveillance de deux policiers. Le 6 juin 1917, il est pris d’un nouvel accès de fureur, bondit du lit et tente en vain de s’échapper. S’emparant de meubles et d’objets à sa portée, il se rue sur ses gardiens qui finissent par le maitriser totalement. Il est ligoté sur son lit, où il finit par succomber de suites de ses blessures.

Biographie

Administration d'emploi

Préfecture de police

Corps

Corps des inspecteurs de police

Né le 4 octobre 1883 à Saint-Benoît-d’Herbelot (Calvados). Engagé volontaire au 28e Régiment d’Infanterie pour quatre ans. Libéré du service militaire après un réengagement d’un an avec le grade de sergent.

Entre dans l’administration en 1908 comme inspecteur de police au service de la sûreté. Célibataire, sans enfant, demeurait 30 rue Lantiez à Paris.

Sources et références

Le Petit Parisien du 06/06/1917, « Le bandit Demay meurt à Beaujon au cours d’une crise » Le Matin du 30/05/1918, « L’assassin de l’inspecteur Lugan est enfin arrêté » Le Petit Journal du 15/03/1917, « Le meutrier de l’agent Lugan déclaré fou » Le Petit Parisien du 26/11/1916, « Un inspecteur de police est tué rue Sauffroy »Le Temps du 24-25/11/1916, « Un inspecteur de police tué par un malfaiteur »

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Les commentaires irrespectueux ne seront pas acceptés. Pour une demande particulière, merci d'utiliser le formulaire de contact.
Les champs marqués d'une asterisque (*) sont obligatoires.

Rechercher dans le Mémorial

Recherche par nom Recherche avancée