Mémorial des policiers français Victimes du Devoir
« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »
Jean d’ORMESSON
Inspecteur-chef
Adolphe MORIN
Victime du Devoir le 01 août 1941
Département
Calvados (14)
Affectation
Sécurité Publique — Caen
Circonstances
Cause du décès
Homicide par arme à feu
Contexte
Interpellation(s) d'individu(s)
Le 1er août 1941, dans le contexte de l’Occupation allemande, un dispositif d’interpellation était mis en place par la Sûreté de Caen (Calvados) afin d’appréhender John Hopper, vingt-neuf ans.
Ce sujet britannique était à la tête de « La bande à Hopper », comme la surnomment alors ses détracteurs, responsable d’une série de vols et de cambriolages (vêtements, machines à écrire, automobiles …), ainsi que de sabotages mais dont la nature n’était pas encore assimilée à des actes de résistance.
En mai 1941, Hopper menait une action d’envergure contre un dépôt de motocyclettes de la Wehrmacht à Caen, retardant le déploiement d’une unité allemande, multipliant depuis novembre 1940 les actes de défi à l’occupant. Il était désormais recherché conjointement par les autorités françaises et allemandes.
Hopper avait été repéré à bord d’un véhicule volé par le sous-chef de la Sûreté, l’inspecteur Besnard, et le blessait grièvement par balle pour prendre la fuite.
Repéré dans une planque, un garage de la Rue Gaillon, il confrontait l’inspecteur-chef Adolphe Morin, cinquante-et-un ans, et le blessait mortellement d’une balle dans le ventre.
Interpellé par la police française à Paris en 1942, Hopper fut livré aux autorités allemandes et déporté ; il survécut à la Libération des camps.
Biographie
Direction d'emploi
Sécurité Publique
Corps
Inspecteurs — Enquêteurs
Type d'unité
Unité d'Investigation et de Recherche
Né le 16 février 1890 à Molay-Littry (Calvados) de Raimond Morin et Marie Louise Lécorche, Adolphe Morin épouse Marie Gallet.
Il entre dans la police municipale de Caen le 16 novembre 1913 comme agent, quelques mois seulement avant d’être mobilisé pour la Première Guerre mondiale. Il fait toute la campagne, est cité à l’ordre du régiment et reçoit la Croix de guerre 1914-1918.
De retour à la police caennaise, sa carrière progresse régulièrement : sous-brigadier en 1923, brigadier en 1929, il prend la tête de la Sûreté locale le 1er août 1930 — jour qui deviendra, onze ans plus tard jour pour jour, celui de sa mort. Nommé inspecteur-chef le 1er janvier 1938, il pouvait prétendre à la retraite l’année même de son décès.
En près de trois décennies de service, Morin s’était distingué à plusieurs reprises dans l’arrestation d’individus dangereux, et jouissait d’une estime durable auprès de la population caennaise. Il était titulaire de la Médaille d’Honneur de la police française et de la médaille d’or des actes de courage et de dévouement.
Reconnaître aujourd’hui la dimension résistante d’Hopper ne retire rien au courage d’Adolphe Morin : ce dernier accomplissait son devoir de policier face à un fugitif armé, qui avait déjà, quelques jours plus tôt, gravement blessé l’un de ses hommes. Cet épisode illustre la complexité propre à cette période, où l’action policière ordinaire pouvait, sans le savoir ou le vouloir, croiser celle de la Résistance naissante.
Sources et références
Journal officiel de la République française, 6 décembre 1941, p.9/24 — L’Ouest-Éclair du 3 août 1941, p.3 — Arch. du Calvados, doc. John Hopper, alias Albert Charles Couteret — Photo générée par IA sous forme de peinture à l’huile à partir d’une archive dégradée de la victime
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