Mémorial des Policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Inspecteur de police

Gaston Curnier

Victime du devoir le 31 juillet 1921

Département

Paris (75)

Affectation

Paris

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Circonstances

Décès d'origine criminelle

Contexte

Interpellation(s) d'individu(s)

Arme utilisée

Homicide par arme à feu

Dans la nuit du dimanche au lundi 25 juillet 1921, trois malfaiteurs grimés, gantés et armés attaquent le Rapide N°5 Paris-Marseille, et forcent les voyageurs terrorisés des wagons de la première classe à remettre argent et bijoux.

Alors que les bandits atteignent le quatrième compartiment occupés par deux militaires, le sous-lieutenant Max Carabelli, vingt-cinq ans, élève de l’école polytechnique, refuse catégoriquement de se laisser dévaliser. Il saisit l’un des gredins à la gorge mais reçoit en échange un coup de couteau au poignet droit lui faisant lâcher prise.

Tandis qu’il recule, il est frappé d’un tir à bout portant à la poitrine. Il est une heure et demie du matin lors que les bandits tirent le signal d’alarme qui immobilise le train entre les communes bourguignonnes de Meursault et Chagny ; le trio prend la fuite avec un butin d’environ vingt-sept milliers de francs, dont quatre milles en argent liquide. Sept compartiments de voyageurs fortunés ont été dévalisés avec une extrême violence et l’affaire fait immanquablement les grands titres.
A Paris, dès les premiers jours, la police judiciaire active son réseau d’indicateurs. La brigade criminelle du commissaire Guillaume obtient qu’un repris de justice, devenu simple chauffeur d’autobus, craint d’être exécuté après avoir été mis dans la confidence de l’attaque du train par un ancien complice cherchant à le recruter, et d’avoir refusé d’y participer.

Le recruteur répondant au nom d’André, grand et brun, porterait des moustaches à l’américaine et fréquenterait régulièrement un débit de vins de la rue Cujas. Particularité, André a pour habitude porter des gants de conduite gris.

Le groupe du brigadier-chef Mettefeu met en place une surveillance dans l’établissement et questionne finement les habitués du quartier latin. Si les fréquentes apparitions d’André sont confirmées par un garçon de café, sa présence n’a cependant pas été relevée depuis quelques jours. On indique qu’il aurait un ami avec lequel il logerait en garni dans les environs.

Les registres d’une dizaine d’hôtels sont épluchés, et les passages réguliers de l’homme aux gants gris chez un locataire d’un hôtel voisin de la rue Cujas, sont confirmés. L’étude minutieuse du registre de police de l’établissement livre le nom du locataire, inscrit auparavant et imprudemment sous sa véritable identité : Mécislas Charrier, vingt-six ans, très défavorablement connu des services de police. Une perquisition menée dans la chambre qu’il occupa, amène à la découverte d’une correspondance partiellement détruite, datée du 8 juillet, menant à un certain Dujardin, demeurant à l’Hôtel de Grenoble dans le quartier latin.
Les hommes de la brigade criminelle apprendront plus tard que Grenoble est le signe de ralliement des malfaiteurs, qui se sont effectivement connus à la maison d’arrêt centrale du Dauphiné. Rapidement, le groupe du brigadier-chef Mettefeu, à la tête des inspecteurs Hicquet, Courbis et Clerfayt, se charge d’élucider le cas Charrier dans le-dit hôtel sis 2 rue des Fossés-Saint-Jacques, dans le 5ème arrondissement.
Selon le tenancier, la photographie du suspect, fournie par les archivistes de la police judiciaire, correspond à un jeune étudiant en médecine inscrit sous le nom de Gaston Dujardin. Vers les neuf heures du matin, Dujardin quitte sa chambre et gagne la rue, mais il est aussitôt saisi fermement par les agents Courbis et Hicquet grimés en marginaux.

Le malandrin, qui se dit dépourvu d’armes, est emmené dans un bureau de l’hôtel,… où il est trouvé porteur d’un couteau à cran d’arrêt et d’un pistolet dit espagnol chargé avec neuf cartouches. Dans la chambre louée pour cent-quarante francs mensuels, les inspecteurs découvrent dans une horloge les véritables papiers d’identité du pseudo Dujardin, une autre arme de poing, et plusieurs recels issus de vols, dont un binocle en or provenant de l’attaque du train, ainsi qu’une somme de mille-deux-cent-soixante-quinze francs. Après avoir confronté Charrier à sa véritable identité, le brigadier-chef Mettefeu commençait un interrogatoire très persuasif.
Non sans un certaine fierté affichée, Charrier passait rapidement aux aveux : noms, adresses, récit de l’attaque du train, décidée au café Soufflet dans la journée du 22 juillet. Il s’attribue rapidement le rôle le plus minime, à savoir celui de guet entre les compartiments du train.

L’idée de l’attaque émanerait du plus expérimenté, un certain Anthelme Thomas alias André, trente-sept ans, sept condamnations pour abus de confiance, vols qualifiés, coups et blessures. Il prétendait que le fameux train serait rempli de notables allant jouer leurs rentes au casino de Monaco.

Le plus excité des complices, sur lequel il rejette l’assassinat du sous-lieutenant Carabelli, serait Marcel Bertrand, vingt-neuf ans, déjà condamné pour vols à main armée. Ces truands ont pu bénéficier de la loi relative à l’amnistie du 29 avril 1921. La brigade criminelle obtient les photographies des suspects par l’intermédiaire des relevés anthropométriques de la prison de Grenoble.

Au matin du 30 juillet, plusieurs adresses de cafés habituellement fréquentés par le trio de malfrats font l’objet de surveillances minutieuses. Le groupe du brigadier Didier, assisté des inspecteurs Curnier, Legrand, Maître et Vidal, s’est réparti sur la Place des Ternes dans le 17ème arrondissement. Assis à la terrasse du Café Moka, appelé aussi le café blanc par les habitués, les deux suspects habillés avec élégance sont aisément repérés par les limiers. Fins stratèges, les bandits sont idéalement placés, dos au mur et séparés par des rangées de chaises. L’interpellation ne peut se faire sur place.
Leur apéritif terminé, les bandits sont brièvement pris en filature par les agents Curnier et Legrand, leurs collègues manoeuvrant pour les prendre en étau. Alors que les bandits passent devant une pharmacie, Bertrand se retourne et dévisage gravement l’agent Curnier. Une mêlée violente éclate, des armes sont exhibées pendant les corps-à-corps.

Une dizaine de détonations éclatent sur une avenue des Ternes bondée ; trois corps s’effondrent. L’inspecteur Gaston Curnier, trente-huit ans, est grièvement blessé au foie par un projectile de 7,65mm ; une voiture ambulance le transporte à l’hôpital Beaujon.

Les deux truands ont été tués, tous deux atteints à la tête. Sur le corps de Bertrand, on découvre deux pistolets automatiques, une gaine, un poignard et la somme de mille-deux-cents francs. Sur Thomas, un pistolet automatique, un poignard et la somme de neuf-cent-soixante-dix francs.

Sur les indications de Charrier, les perquisitions opérées dans des logements loués sous de fausses identités sont fructueuses ; les inspecteurs saisissent des attributs postiches, des recels de bijoux issus de l’attaque du train, et de nouveau un pistolet automatique. On découvre également trois billets de train achetés à Nolay, commune bourguignonne, et indiquant plusieurs correspondances jusqu’à la station Villeneuve-Saint-Georges dans la soirée du 26 juillet.
Le parquet de Paris fait dessaisir celui de Beaune et charge le juge Bonin d’instruire le dossier. Charrier est écroué à la prison de la Santé sous l’inculpation d’assassinat, complicité, attaque et vols aggravés. Fils naturel du dramaturge et essayiste libertaire Mécislas Goldberg, Charrier est un anarchiste convaincu et exalté qui se définit lui-même devant le juge comme un ennemi de l’ordre social.

Dans la journée du 31 juillet, l’inspecteur Curnier décédait des suites de ses graves blessures inopérables aux intestins.
Le 29 avril 1922, la cour d’assises de la Seine condamne Charrier à la peine de mort. Verbeux, arroguant, insolent, l’accusé s’était lancé dans une véritable conférence sur l’anarchie qui n’a pas convaincu le jury, allant jusqu’à le défier de lui prendre la tête. Les recours formulés sont rejetés ; il est guillotiné à l’aube du 2 août de la même année.
L’attaque du train rapide N°5 reliant Paris à Marseille a accéléré la création d’une police ferroviaire générale.

Biographie

Administration d'emploi

Préfecture de police

Corps

Corps des inspecteurs de police

Type d'unité

Unité d'investigation

Titres et homologations

Décoration de la Légion d'Honneur

Né le 20 juillet 1883 à Saint-Etienne-les-Orgues (Alpes de Haute-Provence). Marié, père d’un enfant ; domicilié 7 rue Coysevox à Paris XVIIIe.

Entré dans l’administration le 24 mai 1910 après un engagement de trois ans aux armées au 28e régiment d’infanterie, 3e compagnie. Libéré de ses obligations militaires avec le grade de sergent.

Attaché depuis le 5 avril 1920 à la brigade spéciale dite criminelle dirigé par le commissaire divisionnaire Guillaume. Titulaire de nombreuses citations pour actes de courage et de dévouement ; inspecteur d’élite doué d’une initiative personnelle, il devait partir en congé annuel le 1er août suivant dans sa région natale.

Inhumé au cimetière de Saint-Pierre à Marseille dans un caveau familial.

Il était rapporté par le député des Basses-Alpes que l’inspecteur était le seul soutien de son père Ernest, âgé de soixante-quinze ans, vivant seul près de Manosque, son second fils étant mort pour la France pendant la grande guerre.

Sources et références

Registres matricules des archives départementales des Basses-Alpes, matricule N°291 classe 1903.
L’Oeuvre du 28/04/1922 « Comment on retrouva la piste des trois bandits »
Excelsior du 22/11/1921 « Les Sherlock Holmes parisiens »
Excelsior du 31/07/1921 « Epilogue d’un attentat »
Le Journal du 31/07/1921 « Attaque du train Paris-Marseille, deux des bandits tirent sur les agents […]
Le Figaro du 31/07/1921 « Découverte des trois bandits masqués « 
Le Figaro du 12/08/1921 « L’attentat du rapide Paris-Marseille, un fait nouveau »

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