Mémorial des Policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Gardien de la paix

Célestin Deray

Victime du devoir le 09 janvier 1910

Département

Paris (75)

Affectation

Paris

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Circonstances

Décès d'origine criminelle

Contexte

Forcené retranché, périple meurtrier

Arme utilisée

Homicide par arme blanche

Jeudi 8 janvier 1910. Un marginal erre dans le quartier Saint-Merri, 4e arrondissement de Paris, à la recherche d’agents de police des moeurs. Libéré de prison le 15 décembre dernier après avoir écopé d’une peine d’un mois ferme pour délit de vagabondage spécial, et non-respect d’une interdiction de séjour liée à ses activités de proxénète, Jean-Jacques Liabeuf, vingt-quatre ans, s’est juré de se venger des policiers l’ayant appréhendé.

Incapable de retrouver la trace des inspecteurs Maugras et Vors contre lesquels il tient cette rancune tenace, il gagne vers les sept heures du soir le débit de vins Aux Caves Modernes, au n°12 de la rue Audry-le-Boucher. Il entame une série de rasades en laissant entendre au public qu’il va « dégringoler du flic » et exhibe fièrement une arme de poing et deux tranchets de cordonnier solidement aiguisés, destinés à tuer.

Particulièrement déterminé, Liabeuf s’est spécifiquement fait embauché chez un cordonnier de la rue de l’Orillon afin de confectionner des bracelets hérissés de pics destinés à empêcher les policiers de le maitriser.

A l’angle de la rue Quincampoix, la présence des agents en civil Deray et Fournès, sollicités par un consommateur inquiet des agissements de Liabeuf, finit par provoquer une clameur.Lorsque celui-ci sort de l’établissement, dissimulé sous une pèlerine, les deux agents viennent le saisir aussitôt.

Ils constatent avec stupeur que le malfaiteur est porteur des fameux brassards en fer et se blessent les mains. Pendant le corps-à-corps qui suit, Liabeuf portent plusieurs coups de tranchet aux agents. Il éventre l’agent Deray, et lui tire dessus à deux reprises.

Quatre gardiens de la paix arrivés en renfort découvrent l’horrible scène et tentent aussitôt d’interpeller le forcené qui s’engouffre dans le hall du n°6 de la même voie. Ils découvrent que l’agent Fournès y est grièvement blessé d’un coup de tranchet à la gorge et perd beaucoup de sang.

Alors qu’ils progressent dans un couloir, les policiers sont pris sous le feu.Les agents Boulot, Hedembaight et Vandon sont atteints, mais légèrement blessés. L’agent Février porte aussitôt un coup de sabre-baïonnette dans la poitrine du forcené, qui tentait alors de recharger son revolver. Ses bracelets aux pointes acérés compliquent son interpellation mais il finit par être maitrisé totalement.

Liabeuf est emmené jusqu’au poste de police de Saint-Merri, malmené par une foule ivre de colère. Le gardien de la paix Célestin Deray meurt des suites de ses blessures à l’Hôtel-Dieu le lendemain, vers cinq heures du matin. Avant son décès, il avait reçu, des mains du Préfet de police, la médaille d’honneur de première classe en or, que le Gouvernement lui avait accordée. De son côté, le gardien de la paix Lucien Fournès recevait la médaille de vermeil.

Soigné également à l’Hôtel-Dieu avant d’écroué à Fresnes dans l’attente de son jugement, durant toute l’instruction, le forcené confirme qu’il a bien prémédité son acte, confectionné des armes, et cherché à tuer les agents Maugras et Vors.

Le 4 mai, au terme d’un procès très attendu du public, le jury de la cour d’assises de la Seine condamne Liabeuf à la peine de mort.

Défendu par le journal La Guerre Sociale dont le directeur prône l’insurrection ouvrière, il bénéficie alors d’une aura de martyr dans le milieu anarchiste, et la « fièvre liabouviste » s’empare de la capitale ; on parle d’affaire Dreyfus des ouvriers.

La mort par guillotine est programmée le 1er juillet 1910 dans un contexte très tumultueux ; la peine est exécutée Boulevard Arago, aux pieds de la prison de la Santé.

Biographie

Administration d'emploi

Préfecture de police

Corps

Corps d'encadrement et d'application

Type d'unité

Unité de Voie Publique - Service Général

Né à Goulehans (Doubs), le 18 décembre 1861, marié, deux enfants. Il était domicilié au 78 Faubourg-Saint-Antoine.

Ancien soldat au 104e régiment de ligne, du 13 novembre 1882 au 18 mai 1886, il entra à cette dernière date date à la légion de la garde républicaine, où il servit jusqu’au 24 décembre 1892.

Admis dans le personnel de la Préfecture de police le 16 octobre 1893, comme gardien de la paix, il fut, en cette qualité, attaché à la brigade du 4e arrondissement dans le secteur particulièrement difficile du cloître Saint-Merri.

Très courageux, le gardien Deray avait été blessé plusieurs fois au cours d’arrestations de dangereux malfaiteurs dangereux. Il avait aussi maîtrisé des chevaux emportés, arrêté un chien atteint de rage et prêté son concours pour l’extinction d’un commencement d’incendie. Il avait quinze actes méritoires à son actif.

Inhumé le 12 janvier suivant son décès, au cimetière du Montparnasse, dans le tombeau des Victimes du devoir de la Préfecture de police.

Sources et références

Le Rappel du 06/05/1910, « Une condamnation à mort, le procès de Liabeuf »
Le Radical du 14/01/1910, « La bagarre de la rue Aubry-le-Boucher, l’interrogatoire de Liabeuf »
Le Journal du 09 au 23/01/1910, archives Retronews
Conseil municipal de la ville de Paris, rapports et documents, année 1913, page 153.

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