Mémorial des Policiers français Victimes du Devoir

« Il y a quelque chose de plus fort que la mort,
c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. »

Jean d’ORMESSON

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Sous-brigadier de police de sûreté

Alfred Colson

Victime du devoir le 30 novembre 1893

Département

Paris (75)

Affectation

Paris

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Circonstances

Décès d'origine criminelle

Contexte

Interpellation(s) d'individu(s)

Arme utilisée

Homicide par arme blanche

Mercredi 29 Novembre 1893. Les inspecteurs du service de sûreté Colson et Froger procèdent à une surveillance discrète du bureau de poste situé à l’angle des Rues Etienne-Dolet et Julien-Lacroix dans le 20e arrondissement de Paris. Ils espèrent mettre la main sur un dénommé Olivier Poulain, dix-neuf ans, identifié comme étant l’auteur d’un cambriolage et à la mise à sac impitoyable des appartements de Mme Sano, rentière, domiciliée 10, Rue de Chaillot.

Le parquet d’Angoulême d’où était originaire Poulain, et contre lequel était déjà ouvert une instruction, avisait celui de Paris que des correspondances étaient envoyées par sa mère au dit bureau de poste sous les initiales « O.P. ».
L’intéressé est fiché au bulletin criminel comme étant un anarchiste actif, réfractaire à la loi militaire, il se sait donc recherché et envoie donc un complice récupérer les envois à sa place, en échange de quoi, il lui propose un toit au 62 rue Haxo, qu’il partage secrètement avec sa maitresse.
Le complice, dont l’identité est encore ignorée de la sûreté dans l’affaire Sano, se révèle être Edmond Marpaux, vingt-sept ans, il se sait de son côté recherché par la sûreté pour des dizaines d’escroqueries, abus de confiance et vols qualifiés. Des vols qu’ils considèrent comme des réappropriations prolétariennes : anarchiste convaincu et virulent, réfractaire au salariat, membre de la ligue anti-patriotes et anti-propriétaires, il enchainait jusqu’alors les impayés de baux souscrits sous de fausses identités et écoulait désormais pour le compte de la bande à Poulain les recels issus des cambriolages. Déterminé à ne pas se laisser prendre, ce dernier a fait l’acquisition quinze jours plus tôt d’un couteau à virole dans une brocante de Belleville, qu’il destinait « à dégringoler du flic ».
Alors que ce dernier se présente au guichet, Poulain reste en retrait à l’extérieur pour faire le guet. Il est sept heures du matin. A l’intérieur de la poste, les inspecteurs repèrent la manoeuvre suspecte grâce à un signe du guichetier. Deux correspondances à destination d’un certain « O.P. » sont sur le point d’être récupérées. Ne souhaitant pas intervenir en lieux clos, ils s’accordent à surprendre le suspect à l’extérieur.
Alors que l’inspecteur Froger quitte le premier le bureau, il démasque Poulain et le poursuit jusque dans la Rue d’Eupatoria où il entreprend de lui passer le cabriolet. Dans le même temps, l’inspecteur Colson emboite le pas à Marpaux et le saisit au collet, mais ce dernier le poignarde aussitôt à deux reprises de manière violente et chirurgicale. Le policier a encore la force de le poursuivre plusieurs dizaines de mètres mais il faiblit et s’écroule à l’aplomb de l’église Notre-Dame-de-la-Croix. Alertés par ses hurlements, l’agent Froger relâche Poulain et poursuit Marpaux. Des parisiens courageux l’assistent et portent également secours au blessé. Marpaux est interpellé sans retenue Rue des Panoyaux avec l’aide de gardiens de la paix du poste de police se trouvant à proximité immédiate.
L’inspecteur Colson est transporté agonisant à l’hôpital Tenon, salle Seymour. MM. Goron et Guillaud, respectivement chef de la sûreté et commissaire de police du commissariat de Charonne se rendent aussitôt sur place. Ils découvrent le chapeau et le parapluie de la victime, mais également dans l’enceinte de l’église l’arme ensanglantée dont s’était débarrassé Marpaux : un couteau de chasse à manche en forme de cerf, à la lame courte et forte, se refermant au moyen d’un ressort muni d’un anneau d’acier. On retrouve Rue des Pannoyaux les correspondances incriminantes. En outre, on découvre sur le meurtrier un calepin contenant des formules chimiques destinées à fabriquer de la poudre fulminante.
Le préfet de police Lépine se rend au chevet de l’inspecteur Alfred Colson, trente ans, dont l’état de santé est désormais désespéré. Touché sous la clavicule gauche, la pointe du couteau lui avait perforé un poumon, créant un épanchement important rendu inopérable. Le préfet lui remet la médaille d’or de 1re classe et l’informe qu’il est promu à titre honoraire au grade de sous-brigadier. Il rend son dernier râle dans l’après-midi sans pouvoir faire ses adieux à son épouse et ses deux enfants.
Le 27 février 1894, la cour d’assises de Seine condamne Marpaux aux travaux forcés à perpétuité en colonie pénitentiaire de Guyane pour assassinat ; il est acquitté dans l’affaire Sano. Le 21 octobre de cette même année, il meurt lors de la mutinerie anarchiste des forçats de l’île du Salut. Poulain est condamné à huit ans de travaux forcés dans le cadre de l’affaire Sano, jugé en même temps que sept complices.

Biographie

Administration d'emploi

Préfecture de police

Corps

Corps d'encadrement et d'application

Type d'unité

Unité d'investigation

Né le 22 janvier 1863 à Paris (6e arrondissement), marié à Delphine, père d’un enfant prénommé Pierre.
Admis en 1874, comme enfant de troupe au 113e régiment de ligne, il y contracta, le 22 janvier 1881, un engagement volontaire. Libéré du service actif le 22 janvier 1886, avec le grade de sergent-major. Entré le 1er août 1888 à la Préfecture de police en qualité d’inspecteur au service de la sûreté, il fut, à son lit de mort, nommé sous-brigadier ; considéré comme l’un des meilleurs agents du service. Inhumé le 4 décembre suivant,au cimetière du Montparnasse, dans le tombeau des Victimes du devoir de la Préfecture de police.
Photo sublimée et colorisée par l’administrateur du mémorial.

Sources et références

Le Rappel du 01/03/1894, « Marpaux en cour d’assises, l’assassinat de l’inspecteur Colson » / Le Petit Journal du 28/02/1894, « L’anarchiste Marpeaux » / La Justice du 28/02/1894, « Journal du Palais, une préface à l’affaire Marpeaux » / Le Matin du 01/12/1893, « Meurtre d’un agent de la sûreté »

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